A l’aide d’un fragment emprunté aux formes propres à la pratique du skateboard, Sonia Khenfech propose ici un jeu de continuité et de rupture. La forme mise en abîme par le biais du miroir représente une unité qui se construit dans l’espace par la présence et la circulation du spectateur au sein même de l’installation. Cette unité qui permet habituellement la mise en mouvement physique se transforme alors en un espace qui ouvre sur la mise en mouvement de l’imaginaire.
Dans son installation « Blank session » composée d’une vidéo et d’un module qui restitue une forme simple empreintée au paysage urbain, elle questionne le processus d’action. Elle s’attache à la rythmique répétitive des gestes du skateur sur la forme lorsqu’il se confronte non sans violence au médium dans lequel il s'exprime. Elle considère ces gestes comme des événements concrets, visibles, induits d’une certaine plasticité qui vacille entre technique et art. Une sorte d’expérimentation des matériaux où les figures effectuées par les skateurs deviennent une structure générale faite de relations à la fois hypnotiques et formelles contrôlable ni dans la méthode ni dans le résultat. Une installation qui traite à la fois de la liberté d’action et par conséquent de la notion de rupture avec l’ordre établit.
Au-delà de son aspect ludique et sportif Sonia Khenfech voit dans le skateboard une façon de réenvisager l’espace. Elle aborde dans ce travail les formes et les supports du quotidien où elle conjugue son regard de skateur à celui d’artiste, une manière pour elle de marquer les continuités et les ruptures entre le skateboard et l’espace urbain. Dans sa série photographique « Skate project’», effectuée en milieu urbain, elle met en place un dispositif au moyen de projections diapositives, pour articuler espace et skateboard de façon à faire resurgir les traces d’une réalité constituée.